Pourquoi le liseron ?

C’est en lisant qu’on devient liseron, et en écrivant qu’on devient écriveron

Raymond Queneau, Temps mêlés, 1941

Le liseron est une plante dont on ne peut se débarrasser : si vous cherchez sur internet, vous verrez qu’il est plus simple de brûler des déchets radioactifs que de venir à bout de cette petite liane rampante. Google lui-même admet la difficulté :  » comment venir à bout du liseron ? « Comment éliminer efficacement le liseron ? »  » Quelle plante contre le liseron ?  »

Il me semble à moi que les livres – certains, beaucoup, la plupart- partagent cette caractéristique du liseron : quand les images pénètrent mon esprit, il devient impossible de me les ôter de la tête. Elles poussent dans mon crâne, menées par des personnages auxquels je m’identifie, et alors je ne suis plus la même personne. Ma personnalité fictive devient si prégnante, que j’ai du mal à me retourner quand on m’appelle par mon prénom dans la vraie vie. Le problème, c’est que je change de personnalité comme de livre !

Vous admettrez sans doute que mon profil psychologique, aussi intéressant puisse-t-il être du point de vue de la psychiatrie et de la littérature, n’est pas aisé à démêler tous les jours pour les gens qui m’environnent !

Pour pouvoir prolonger l’état de grâce dans lequel me plonge la lecture d’une œuvre ensorcelante, je n’ai rien trouvé de mieux pour l’instant que d’écrire sur elle : ainsi cet univers impalpable qui modifie ma façon de voir le réel prend-il forme, en lignes d’écritures qui échappent à mon individualité pour aller vers la votre.

J’ai choisi pour vous approcher cette image du petit liseron : si nos mondes fictifs se rejoignent, alors peut-être recouvrirons-nous ensemble les murs qui actuellement confinent l’essentiel de nos rêves.

Le petit liseron
Le petit liseron se dresse au dessus des épis de blés pour bien voir le ciel

Murs de masques en polypropylène, écrans de mots entre ce que l’on vit et ce que BFM en dit, empêchements d’art et obstacles aux manières, l’année 2020 m’a légué l’urgence de créer un lieu d’expression où nous pourrions nous retrouver, un peu comme dans un salon, autour d’un thé et d’une bonne discussion.

Comme un voeu innocent lancé à la toile d’araignée, je nous souhaite, amis lecteurs inconnus, pour cette nouvelle année, de laisser nos pensées diverses s’enrouler autour de quelques livres qui récemment m’auront propulsée dans le vaste monde, loin des écrans rétrécis de notre réalité.