Jeunesse

La ligue des super féministes   Editions la ville brûle, 2018

Je voulais vous présenter cette BD car, bien qu’éditée il y a déjà des siècles ( en 2018), sa parution m’a semblé être un tel pavé dans la mare des idées que j’en ai offert un exemplaire à tous les gens que j’aime, en ai fait la lecture à tous les petits lecteurs  dès 11 ans, et même dissimulé un dans une cachette secrète destiné à ma fille quand elle sera assez grande, pour le cas où les femmes porteraient des robes écarlates et où l’on ne trouverait plus de petites villes qui rêvent de brûler les pratiques patriarcales dans le paysage éditorial français, dans la perspective imaginaire d’un monde totalitaire où un maelstrom aurait englouti les blogs libres….

Alors pourquoi c’est une BD aussi vitale ?

D’abord, parce qu’elle est intelligente, drôle, féministe et destinée aux enfants : un combo remarquablement novateur.

Mirion Malle, née en 1992, publie chez Ankama en 2016 « Commando Culotte » : déconstruction des stéréotypes de genre à l’œuvre dans les médias, les séries, le cinéma. Ces notes, pour la plupart issues du blog éponyme qu’elle anime depuis 2012, entreprennent de vulgariser les recherches que la jeune bédéiste mène dans un master de sociologie et anthropologie sur la représentation du genre dans les médias

L’édition fignolée d’une « boite à outils intellectuels »

En 2018, la maison d’éditions « La Ville brûle », qui publie initialement dans le domaine de l’histoire politique et des sciences sociales, accompagne la maturation d’un nouvel ouvrage de vulgarisation de concepts non seulement difficiles à expliquer aux enfants, mais quasi absents du paysage de la littérature de jeunesse.

 Certains avaient pu reprocher à Mirion Malle la «  simplicité de son trait » à l’époque de la sortie de Commando Culotte, ou encore d’avoir enfermé son discours dans la bulle de « l’adulescence » . C’est une critique que l’on n’envisagerait pas de lui faire aujourd’hui, et pour cause : la naïveté n’est qu’apparente chez Mirion Malle.

 Ses personnages réfléchissent une variété de traits et d’émotions que la jeune bédéiste pense longuement. En effet, la technique, elle la maitrise parfaitement après des études à l’École supérieure des arts Saint-Luc de Bruxelles.

Mais, celle qui ose employer le mot «  féminisme » sur la couverture d’une BD de jeunesse mesure bien l’intérêt d’employer un ton enjoué, un dessin élastique, des couleurs vives pour aborder des questions complexes.

Car « La ligue des super féministes » déconstruit les stéréotypes de genre,  introduit aux pensées de l’intersectionnalité[1], explique avec douceur aux filles et aux garçons ce que c’est le consentement, analyse l’importance de la sororité et, bien sûr, démontre avec force chiffres, statistiques, références à l’appui, pourquoi c’est si problématique que les filles aient toujours un rôle passif dans les histoires.

« Les enfants ne sont pas bêtes, je veux pouvoir leur parler de choses importantes »         

Mirion Malle est talentueuse et militante : ses BD sont didactiques. Ainsi «  La ligue des Super féministes » est-elle construite autour de chapitres brefs, qui donnent aux lecteurs  tous les éléments pour comprendre une notion et permettent ensuite d’aller plus loin, le jour où on voudra être encore plus féministe !

 La plume est si efficace que, par exemple, elle parvient à expliquer le test de Bechdel en page.

Attention : vous ne regarderez plus jamais un film de la même manière après avoir pris connaissance des critères de ce test !

Mirion Malle explique être devenue féministe en grande partie grâce aux réseaux militants . « J’ai bien sûr aussi lu des livres, dit-elle, mais internet est un formidable outil militant, un lieu où débattre, partager des liens, où tout le monde est à égalité ». [2]

Avec son souffle de jeunesse, sa mèche colorée, les tatouages qu’elle fait elle-même à partir de ses dessins, sa communication destinée aux jeunes mais qui fait réfléchir les  adultes, Mirion Malle revendique un projet de vulgarisation féministe exigeant et émancipateur.

La démarche est argumentée : on prend une idée, par exemple le cliché ; on définit le sens du mot, on illustre avec un exemple, puis avec une situation plus large tirée des livres,  des films, des publicités ou du vécu d’une situation quotidienne, et à la fin on réfléchit à pourquoi ça fait du mal et comment on peut faire pour éviter d’en être victime ou porteur.  Simple, clair, efficace.

Un véritable petit guide pour mieux construire son identité dans une société qui médiatise des représentations si stéréotypées qu’il est bien compliqué lorsqu’on n’est pas un mâle blanc de trouver des modèles identificatoires.

IF SHE CAN SEE IT, SHE CAN BE IT

Pourquoi est-ce que c’est si important de déconstruire les arcs narratifs stéréotypés utilisés dans les médias ?

L’institut Geena Davis [3] fondé en 2014 par l’actrice du même nom est le seul organisme de recherche qui travaille directement avec l’industrie des médias pour promouvoir l’inclusion, l’égalité des genres et réduire les stéréotypes dans les médias tous publics.

Sa devise « Ce qu’elle peut voir, elle peut le devenir » condense un objectif primordial : celui de donner à chacune et chacun la possibilité de s’identifier à des personnages de fiction diversifiés comme l’humanité.

Alors, vous êtes d’accord n’est-ce pas ? Un livre indispensable dans la bibliothèque des petits lecteurs !



[1] L’intersectionnalité est un concept utilisé en sociologie, créé par Kimberlé Crenshaw en 1989 :  » Situation dans laquelle une personne regroupe des caractéristiques raciales, sociales, sexuelles et spirituelles qui lui font cumuler plusieurs handicaps sociaux et en font la victime de différentes formes de discrimination » .

[2] Interview de Mirion Malle par le magazine madmoiZelle en 2016 https://www.youtube.com/watch?v=hmUoReiq98Y

[3] https://seejane.org/

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